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L**D
"A l'intérieur de ces limites, on est libre"
L'absence des films des grands maîtres taïwanais des 30 dernières années, en particulier des deux qui ont été à l'instigation de ce que l'on a appelé la Nouvelle Vague du cinéma de l'île, Edward Yang et Hou Hsiao-hsien, est un des scandales de l'édition vidéo française. Plusieurs de leurs plus grands films - pour Yang, essentiellement A Brighter Summer Day, le sommet de son oeuvre avec Yi Yi ; pour Hou, une bonne première moitié de sa filmographie, et en particulier Poussières dans le vent, La Cité des douleurs et Le Maître de marionnettes, tandis que ceux qui ont été édités à un moment sont déjà épuisés ou en cours d'épuisement, tel le merveilleux Les Fleurs de Shanghaï . Ainsi, d'un des plus grand metteurs en scène des dernières décennies, il ne reste grosso modo que les cinq derniers films, comme Le voyage du ballon rouge , dont on ne peut pas dire qu'il soit absolument central dans son oeuvre. Un film comme Café Lumière , hommage sensible à Yasujiro Ozu commandé à l'occasion du centenaire de sa naissance par l'ancienne compagnie d'Ozu, la Shochiku, est paradoxalement mieux connu des cinéphiles aujourd'hui, parce que beaucoup plus aisément disponible, que tous ses films 'autobiographiques' et 'historiques' tournés à Taïwan dans les années 80 et 90. Et est-on à même de juger au mieux d'un film comme Three Times , qui revient ouvertement sur l'oeuvre passée du cinéaste, sans connaissance de ce qui a précédé?Il existait un coffret vendu en Asie de tous ces premiers films (excluant hélas La Cité des douleurs), trouvable également aux Etats-Unis par exemple. A moins de tomber sur une occasion sur un site asiatique ou américain, il n'est plus disponible lui non plus. En attendant qu'un éditeur français ait le courage de concevoir un coffret conséquent - en blu-ray aussi? faisons un rêve - et que les films déjà édités ressortent dans des éditions améliorées - Fleurs de Shanghai bénéficierait grandement d'un passage intelligent en HD - le bilan est triste. Heureusement, il existe une édition d'un des plus beaux films de Hou, Le Maître de marionnettes, chez le très bon éditeur suisse Trigon-film : HSIMENG RENSHENG-LE MAÎTRE DE MARIONNETTES-THE PUPPETMASTER-DER MEISTER DES PUPPENSPIELS / The Puppetmaster - der Puppenspieler . Précisons tout de suite qu'on peut le commander directement sur le site de l'éditeur si jamais le dvd est indiqué comme indisponible ici, ou si le prix demandé est prohibitif.Sur le cinéma de Hou, qui mérite qu'on ne l'oublie pas et qu'on continue à y réfléchir en attendant de pouvoir revoir les films dans de bonnes conditions (et à enfin voir le nouveau, The Assassin), je conseille le livre aux Cahiers du cinéma dirigé par Jean-Michel Frodon, le seul en français à couvrir la quasi-totalité de l'œuvre de Hou et à proposer un entretien au long cours passionnant avec le cinéaste : Hou HSIAO-HSIEN .Et plus encore, mais pour les seuls anglophones, ce très remarquable ouvrage publié à l'occasion de la rétrospective organisée conjointement en Autriche et aux Etats-Unis. Hou Hsiao-hsien est un recueil d'articles et d'entretiens d'une très grande qualité d'ensemble, qui complète idéalement le livre en français. Il n'y a plus qu'à espérer que cette rétrospective, qui va apparemment pas mal tourner entre 2014 et 2016 sera également l'occasion de l'édition de dvd et/ou blu-ray dignes de ce nom quelque part.Relativement petit et trapu, cet ouvrage est sans doute un des tout meilleurs qu'il m'a été donné de lire ces dernières années sur ce modèle : introduction couvrant déjà pas mal de terrain / articles sur des films donnés et sur des thématiques un peu plus larges / entretiens avec le cinéaste et avec un certain nombre de ses collaborateurs / textes et témoignages. Il faut tout de suite dire que si l'écrit a toute sa place contrairement à parfois, l'iconographie est abondante, bien choisie et reproduite. Sur un beau papier légèrement crème, les photos pourront apparaître à l'occasion un peu pâles et leurs couleurs insuffisamment définies, mais le tout est globalement réalisé avec goût et beau à voir.Grosso modo, l'ouvrage comprend une bonne douzaine d'articles et autant d'entretiens, ainsi que plusieurs textes et témoignages écrits, dont trois dus à d'autres cinéastes (Olivier Assayas, dont c'est le texte paru dans Présences: Écrits sur le cinéma qui est ici traduit ; Jia Zhang-ke, qui parle de sa découverte des Garçons de Fengkuei et de La Cité des douleurs ; Hirokazu Kore-eda).L'introduction du maître d'œuvre, Richard I. Suchenski est déjà très substantielle. Il ne se contente pas de présenter les diverses contributions à suivre en replaçant Hou dans le contexte du cinéma mondial et dans les évolutions de l'histoire et du cinéma de l'île. Il en profite par exemple pour jeter une lumière assez vive sur certains des motifs les plus prégnants de ses films (arbres, trains en marche, etc). Les deux articles qui ouvrent le bal passionnent. La grande spécialiste du cinéma de Taïwan Peggy Chiao se penche sur La Cité des douleurs avec acuité, non sans avoir passé en revue quelques-uns des éléments historiques nécessaires pour une meilleure compréhension. Après qu'elle s'est posée la question de ce que peut signifier "Taïwan" dans les films de Hou et qu'elle a montré comment cela se joue dans le premier volet de la trilogie portant sur l'histoire du pays, c'est au tour de Ni Zhen d'interroger la signification des films de Hou pour le cinéma asiatique. Pour ce qui est des articles sur les films individuels, on retiendra notamment celui de Jean Ma sur Le Maître de marionnettes, "A Reinvention of Tradition". Mais ils s'avèrent presque tous excellents, qu'il s'agisse de celui de l'éminent critique japonais Hasumi Shigehiko sur Les Fleurs de Shanghai (dans lequel il explore en particulier la représentation de cette ville au cinéma), de ceux de James Quandt et Wen Tien-hsiang qui regroupent plutôt bien Millennium Mambo, Three Times et Café Lumière, ou du vibrant plaidoyer de James Udden pour Poussières dans le vent - film qui incidemment était ressorti en France il y a deux ans dans une copie splendide mais avec une traduction qui était une belle bouillie : moyennant une révision de fond en comble des sous-titres (par quelqu'un de vraiment francophone, s'entend), il y aurait bien moyen de concevoir une édition de qualité de cette merveille, non? Le texte d'Abé Mark Nornes sur l'espace narratif et la calligraphie vaut quant à lui également le détour.L'entretien avec Hou, donné récemment, captive sur bien des points mais surtout en ceci qu'il montre ses obsessions du moment. Il revient ainsi à maintes reprises sur la nécessité qu'il ressent à avoir des limites. Comme il est pas mal question de la conception et du tournage de The Assassin, il explique que non seulement il ne le tourne pas en numérique mais même qu'il a choisi d'utiliser exclusivement une Bolex, qui n'autorise pas des plans de plus de 30''. Quand on pense à Hou l'adepte du plan long, qui pouvait durer au moment de sa trilogie jusqu'à 5', on se dit qu'avec ce type de contrainte cela peut aussi bien passer que casser. Mais le réalisateur y insiste : "à l'intérieur de ces limites, on est libre". On comprend, et on espère qu'il saura composer au mieux avec toutes les limites qu'il semble avoir voulues pour un film dont c'est peu dire qu'on l'attend. Sans les entretiens avec tous les collaborateurs de Hou, le livre ne serait pas complet. Outre la fidèle scénariste Chu Tien-wen, ses deux principaux chefs opérateurs, Chen Huai-en et le génial Mark Lee Ping-bin, ont la parole. Ainsi que son monteur Liao Ching-sung, le formidable monteur son Tu Duu-chi, etc. L'acteur Jack Kao a également droit à une petite page. L'ouvrage se clôt avec des feuillets du scénario établi par Chu Tien-wen pour le tournage de Three Times. Tout cela dessine le portrait vivant de l'art d'un cinéaste dont on ne peut qu'espérer que son prochain film sera pour lui un nouveau départ après trop d'années sans avoir donné de ses nouvelles.On peut également noter la publication récente d'un intéressant recueil d'articles, Le cinéma de Hou Hsiao-hsien : Espaces, temps, sons , mais on ne pourra que regretter qu'il y en ait surtout pour les films de la dernière période (même si cela se comprend évidemment, étant donné qu'il reste comme je le notais plus haut difficile d'accéder à certains films).MISE A JOUR 03/16 Pour finir le tour d'horizon de la bibliographie en français comme en anglais, ajoutons les deux volumes parus dans la collection de l'Asiathèque consacrés à deux films majeurs de HHH, incluant les scénarios et des textes divers : La cité des douleurs et Nuages mouvants . A propos de La Cité des douleurs, les anglophones peuvent acquérir la très bonne étude de Bérénice Reynaud dans la collection du BFI : A City of Sadness . Yi YiLes Fleurs de ShanghaïLe voyage du ballon rougeCafé LumièreThree TimesHSIMENG RENSHENG-LE MAÎTRE DE MARIONNETTES-THE PUPPETMASTER-DER MEISTER DES PUPPENSPIELSThe Puppetmaster - der PuppenspielerHou HSIAO-HSIENHou Hsiao-hsienPrésences: Écrits sur le cinémaLe cinéma de Hou Hsiao-hsien : Espaces, temps, sonsLa cité des douleursNuages mouvantsA City of Sadness
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